L’HISTOIRE DE LA SCOP LE MESSAGEUR

Depuis 2012, Le Messageur s’engage pour l’accès des personnes malentendantes à la communication. Revenons sur l’histoire singulière de cette entreprise coopérative.

Une rencontre bretonne-normande entre deux passionnés

Cette aventure n’aurait pas existé sans la rencontre entre Jean-Luc Le Goaller et Samuel Poulingue. Bien avant de créer Le Messageur, tous deux étaient déjà à l’oeuvre dans le domaine de l’accessibilité aux personnes en situation de handicap auditif. Jean-Luc, face aux difficultés de son fils unique Allain, sourd et autiste, explore depuis longtemps le monde de la surdité. Il identifie rapidement un autre besoin mal pourvu qui concerne plusieurs millions de personnes en France : celui des personnes malentendantes qui utilisent le son et le texte pour accéder aux informations et participer aux échanges. Avec Alain Cahu, formateur sourd pionnier dans l’enseignement de la langue des signes, il crée Polycom, un service innovant d’accessibilité pour les malentendants, qui propose de la transcription simultanée et des cours de langue des signes.

De son côté, Samuel découvre le sujet de la surdité au détour d’un accompagnement du projet de l’association de personnes malentendantes de la Manche, l’ADSM Surdi 50, présidée par Anne-Marie Desmottes. D’emblée, le sujet l’interpelle et cette association dynamique le recrute pour développer un service de sous-titrage en temps réel. Il y travaille avec Nicolas Hervé, qui est encore aujourd’hui salarié de l’ADSM Surdi 50 et vice-président du Bucodes SurdiFrance, la fédération des associations de personnes malentendantes. C’est dans ce contexte qu’ils font la connaissance de Jean-Luc, venu former les salariés de l’association aux techniques de sous-titrage en temps réel qu’il développait.

Peu à peu de solides liens se tissent entre Rennes et Cherbourg ! La curiosité et la passion de Samuel combinées à la créativité visionnaire de Jean-Luc portent leurs fruits. S’ensuivent de longs échanges pour croiser leurs expériences et leurs visions, des ateliers dans le garage pour acquérir une expertise en sonorisation, connectivité, et toujours l’apprentissage autodidacte du sous-titrage en temps réel qui trouve déjà un bel un écho auprès des associations de personnes malentendantes. Sur ces bases, Jean-Luc et Samuel élaborent un projet d’entreprise ambitieux et durable.

Dans l’intervalle, Alain Cahu a dû quitter Polycom suite à un accident de la vie, tandis que l’ADSM Surdi 50 est prête à laisser le service de transcription qu’elle a initié voler de ses propres ailes. Ainsi naît la Scop Le Messageur pour concevoir et diffuser des outils qui apportent aux personnes en situation de handicap auditif un sésame pour communiquer dans toutes les situations de la vie quotidienne.

Innover et surmonter les obstacles

Un long fleuve tranquille ? Pas tout fait… Une fois Le Messageur créé, le duo continue sans relâche d’explorer le sujet sous toutes ses facettes, d’identifier les problématiques et de « mettre les mains dans les câbles » pour pouvoir construire, expérimenter, réajuster, valider et diffuser des outils ad hoc. Il a fallu affronter les idées reçues et le manque d’information et de formation de nombreux acteurs sur ce besoin, courir aux quatre coins de la France sans jamais se départir de ses convictions. Ç’a été possible grâce aux encouragements des associations, aux retours enthousiastes des personnes malentendantes et au soutien de nos partenaires.

Dans la boîte à outils du Messageur, il y a d’abord eu l’interprétation de l’écrit à distance. Jean-Luc comme Samuel, bientôt rejoints par Muriel puis Florie, exerçaient ce métier nouveau, pour lequel il n’existe encore à ce jour aucune formation officielle, aucun mode d’emploi. Aujourd’hui, Le Messageur s’implique à l’échelon européen pour construire et promouvoir un référentiel de qualité du métier d’interprète de l’écrit.

En 2016, à la demande de Nelly, malentendante, ayant besoin d’accessibilité à la communication pour suivre une formation médico-sociale, Le Messageur rassemble (et assemble !) dans une valise mobile tout le kit des équipements indispensables pour sonoriser les réunions et envoyer un son de qualité à la fois dans les appareils auditifs des personnes malentendantes, mais aussi dans le casque de l’interprète de l’écrit distant. « J’oublie que je suis sourde ! » confiait-elle à Jean-Luc et Samuel pour décrire les effets de cette accessibilité.

C’est ainsi qu’a été créé le premier prototype de ce qui deviendra la Diluz, mot breton signifiant la clé, la solution. D’abord, avouons-le, dans un format relativement volumineux puis de plus en plus compact. Sa petite soeur, la “Diluzig” a ensuite suivi dans un format plus facile à transporter.

En 2018, encore plus pratique et ergonomique, l’application Messag’in a été imaginée par Jean-Luc : une Diluz qui tiendrait dans la poche, dans un objet qu’on a déjà sur soi : le téléphone. En cours de développement, son prototype est déjà utilisé lors de réunions professionnelles.

La Diluz, la Diluzig et Messag’in s’appuient sur le « microphone – bâton de parole » et le principe même du traditionnel bâton de parole qui induit naturellement des attitudes propices à une communication accessible. Levier indispensable aux personnes malentendantes, il va de pair avec une implication de l’entourage ! Ce nouvel usage, qui suppose de modifier un peu les habitudes, n’est pas toujours évident à introduire mais défendu sans relâche par Le Messageur tant il tient un rôle essentiel dans la qualité du résultat. C’est aux côtés des personnes malentendantes accompagnées que nous le constatons et continuons d’innover pour répondre avec toujours plus de précision et de pertinence aux besoins par un savant mélange de technique et d’accompagnement à la mise en place de pratiques inclusives.

Depuis, on garde le cap et on avance

Une décennie est passée et notre cap reste inchangé : tous les savoir-faire de l’entreprise sont tournés vers l’amélioration de l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap auditif et sur l’évolution des usages pour une communication inclusive.

Petit à petit, Le Messageur grandit. De nouveaux visages ont progressivement rejoint le trio avec des compétences et des parcours complémentaires : Florie, Jérôme, Amélie, Solène, Jimmy et Nolwenn ont rejoint Samuel, Jean-Luc et Muriel. Métiers du son, du sous-titrage, de l’événementiel, de l’accessibilité, de l’ergonomie, de la formation, de la communication, de la relation client… Tous ont trouvé au sein du Messageur un point d’ancrage propice pour exercer leur métier dans une culture de la coopération.

En 8 ans, Le Messageur a franchi des étapes mais l’aventure ne fait que commencer ! L’équipe s’est étoffée, a construit des partenariats, s’est installée dans plusieurs lieux tout en maintenant des habitudes de télétravail. Si le projet se structure pour assurer des volumes croissants, l’état d’esprit et les fondamentaux restent les mêmes : faire grandir le projet en permettant à chacun de s’y épanouir, rester fidèle à l’objectif de départ, améliorer l’accessibilité pour les personnes malentendantes et faire en sorte que cette accessibilité soit durable et bénéficie au plus grand nombre. Le Messageur est donc dans une démarche de changement d’échelle, de diffusion sur ces usages, dont nous avons pu vérifier, année après année, qu’ils apportent une accessibilité efficiente et durable pour la vie sociale, citoyenne, professionnelle et culturelle.

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